Genèse des Systèmes d’Organisation de la Connaissance

avril 22, 2010

Depuis le début des peintures rupestres jusqu’à aujourd’hui, la transmission de connaissances n’a eu de cesse de s’organiser afin d’améliorer l’accès à l’information véhiculée. Dès la préhistoire, les peintures dans les grottes s’organisaient selon l’histoire qu’elles racontaient, puis se sont réparties en trois zones spatiales (l’entrée, la zone de passage et le fond) de la grotte, aux environs de 12000 avant notre ère.

Les premières apparitions de structurations après l’invention de l’écriture picto-idéographique en -4000 étaient des tableaux à buts administratifs, suivi en -800 des premiers catalogues avec un classement thématique. C’est au premier siècle avant notre ère qu’apparait la première encyclopédie « Antiquitates rerum humanarum et divinarum » de Varron présentant un classement systématique qui décrit, en 41 livres, l’histoire de l’Italie et de ses habitants. La première classification bibliothécaire apparaît au XVIe siècle avec une proposition de classification Universelle des œuvres passées et présentes.

Il faut attendre le début du XVIIe siècle à Londres pour voir apparaître une terminologie, dans le domaine médical. Celle-ci sert à recenser, de manière hebdomadaire, les cas de mort selon leurs causes au moyen de 44 termes comme « Peste, étouffé, subitement ou arrêt de l’estomac ». Les premières apparitions de collections de mots structurés selon leurs sens datent du XIXe siècle et sont nommées « thésaurus » par Rodget dans le « Thesaurus of English Words and Phrases ».

La dernière révolution majeure se passe dans les années 1960 avec l’apparition de l’informatique. Les recherches portent alors sur les techniques automatiques de recherche d’information linguistique (centrée sur le terme) mais également sémantique (centrée sur le concept) . L’utilisation des thésaurus devient alors une évidence. Ces réflexions sont même à l’origine des liens hypertexte qui permettent de relier des notions ayant un sens proche ou connexe. Suite à l’utilisation de l’outil informatique, le monde de la documentation se divise en deux pratiques (i) celle des bibliothèques qui utilisent les classifications et les listes de mots-vedettes et (ii) les centres de documentation qui développent des thésaurus permettant d’indexer automatiquement des documents.

L’intention de ces nouvelles organisations qui capturent de la sémantique, est de se rapprocher du fonctionnement non linéaire des idées dans la pensée humaine. Cette possibilité nourrit l’ambition de construire une unique ontologie décrivant formellement les concepts régissant le monde par analogie à l’Ontologie en philosophie ( étude des propriétés générales de tout ce qui est). La validité d’une telle ontologie est toutefois vite remise en question. Comme tout fruit de modélisation, cette ontologie est limitée par les outils de modélisation (expressivité du langage de représentation), les connaissances implicites (émotions, connaissances communes inconscientes, éducation, langue, etc.) qui participent néanmoins à la description du monde. Dans les années 1990, l’utilisation des ontologies en informatique se veut pragmatique et accepte la définition communément admise de Tom Gruber limitant sa validité à un domaine spécifique et dans un but donné.

Les thésaurus et ontologies capturent tous deux de la sémantique, mais leur engagement formel est différent : alors que les thésaurus reposent sur quelques notions formelles telle que la subsomption, les ontologies utilisent l’expressivité d’un langage formel mathématique. Cette différence influe directement sur l’utilisation que l’on aura de ces référentiels.

L’informatique a énormément changé la conception, la maintenance et l’utilisation des systèmes d’organisation de la connaissance. Leur nombre et leur volume ont considérablement augmenté ces dernières décennies. Cet outil permet de réaliser des manipulations automatiques complexes qui produisent des résultats jusqu’alors impensables comme la déduction automatique de nouvelles connaissances. Il reste toutefois de grands progrès à effectuer pour approcher le fonctionnement de l’information dans la pensée humaine.

Longue vie aux référentiels !

Références:

Chronologie des supports, des dispositifs spatiaux, des outils de repérage de l’information : http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/d04/4fayet_1tab.html

Gruber, T.R., Towards Principles for the Design of Ontologies Used for Knowledge Sharing in Formal Ontology in Conceptual Analysis and Knowledge Representation, Kluwer Academic Publishers, 1993

Charlet, J., L’Ingénierie des connaissances : développements, résultats et perspectives pour la gestion des connaissances médicales, Université Paris 6, 2002


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