Monde ouvert ou monde fermé, deux approches de l’ontologie.

« Le sens, écrit Jean Baudrillard dans ‘Amérique’, est né de l’érosion des mots, et les significations sont nées de l’érosion des signes« . Formule qui peut paraître un peu déroutante, voire paradoxale, aux défenseurs que nous sommes des systèmes à base de sémantique. Mais le paradoxe nait seulement si on donne à érosion le sens négatif de dégradation par usure. Si on pense plutôt l’érosion comme le polissage du temps, on remplace usure par usage, la formule prend un autre éclairage. ‘La signification nait de l’usage des signes’. Un signe usagé est donc un signe utilisé, qui a pris du sens par cet usage même, comme un vieil ustensile familier. Je ne sais pas si cette interprétation est fidèle à la pensée originale de Baudrillard dans le contexte, je laisse au lecteur le soin d’aller vérifier à la source.
En tout cas il s’agit là d’un point de vue de « monde ouvert », où la sémantique n’est pas définie a priori et une bonne fois pour toutes par un « maître des signes » (l’ontologiste de service), mais constatée a posteriori. Ce point de vue peut se défendre pour les mots comme tous les autres signes, en particulier les identifiants manipulés par nos systèmes d’information, et singulièrement les URI. Comme se plaisait à répéter un de mes collègues grammairien, quand on le prenait à témoin comme arbitre du bon usage : « Le grammairien ne légifère pas, il constate ».
Bien sûr ce point de vue s’oppose assez radicalement à celui des tenants de l’ontologie « scientifique », conçue et validée par des experts, et d’où toute incohérence a été soigneusement chassée. Mais les deux camps emploient le même mot « ontologie », et utilisent les mêmes outils et langages de représentation, comme RDF, RDFS, OWL. D’où une certaine perplexité pour les néophytes. L’ontologie est-elle décrétée ou constatée? Est-elle a priori (point de vue garant de la cohérence logique), ou a posteriori (point de vue pragmatique, garant de la fidélité aux données, et assumant les contradictions qui en découlent).
La confusion entre les deux points de vue étant source de bien des malentendus, comme l’illustre brillamment J. Hendler dans une récente présentation, qui clarifie bien le champ d’application du « Big O », le monde fermé de systèmes experts ou bases de données d’entreprise, utilisant toutes les ressources de OWL en logique de description pour traquer les incohérences et faire de l’inférence, et le « small o » du Web ouvert, utilisant la sémantique plus flexible et plus « molle » de RDFS. Le vrai challenge étant de savoir si la base commune du modèle de données RDF permettra aux forteresses sémantiques commandées par des « Big O » d’échanger entre elles à travers le monde ouvert du Web.

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