Notre langue, c’est la traduction

Traduire – Défense et illustration du multilinguisme est le dernier livre de François Ost.  On peut en lire une excellente introduction sur le site La vie des idées.  Juriste et philosophe, l’auteur ne s’aventure pas à étendre sa thèse de la traduction généralisée à notre domaine des technologies sémantiques, mais je crois qu’elle peut et doit s’y appliquer avec beaucoup de bonheur. Si, selon la formule reprise d’Umberto Eco, la langue commune de l’Europe, c’est la traduction, on peut en dire tout autant de nos métiers. Qu’il s’agisse de modéliser des données, les extraire du texte par un outil linguistique, nettoyer le résultat de cette extraction, migrer un contenu XML dans un format différent, publier dans un portail à destination de différents publics … toutes ces procédures de la logistique sémantique évoquées dans le billet précédent sont bien de l’ordre du dire autrement cher à notre auteur. Autrement dit la traduction est donc au centre de toutes nos entreprises sémantiques, le sens toujours inaccessible restant entre les lignes du processus, dans le vide central de la roue qui permet le jeu du langage. Dans notre travail quotidien, chaque nouveau projet, qu’il soit monolingue ou multilingue, est un nouvel itinéraire d’interprétation et de traduction, et donc d’invention renouvelée du langage.  Que celui-ci soit plus structuré et plus formalisé que la langue naturelle ne change pas le fonds de la question, comme le montre aussi François Ost dans le chapitre consacré au droit.
Malgré tout, on rencontre encore ça et là dans les sphères du Web sémantique quelques irréductibles partisans du sens unique, de la langue parfaite et de l’ontologie scientifique, inguérissables héritiers des bâtisseurs de Babel. Ceux-là refusent toujours de comprendre que la multiplicité et l’ambiguité des langues relèvent de l’ordre naturel des choses et non d’un châtiment divin, et qu’à s’en écarter les langues, et donc la pensée, sont en danger de mort. On leur conseille vivement la lecture de François Ost, et on leur souhaite d’en venir aussi à la conclusion que leurs ontologies, qu’ils voudraient orthologies (description absolue et exacte de Ce Qui Est) ne sont finalement que des logologies (description d’une vue du monde émergeant d’un terreau linguistique et culturel donné). Ou  encore, pour ajouter à la liste des savoureux néologismes de notre auteur,  des  hétérologies puisqu’elles traduisent, comme tout fait de langage, une essentielle altérité.

Un commentaire pour Notre langue, c’est la traduction

  1. […] se termine sur l’importance de la re-présentation. On peut mettre en parallèle un billet un peu plus ancien sur le multilinguisme et la traduction, en profiter pour prolonger des réflexions déjà publiées […]

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